Thérapie de conversion

Quand la société considère qu’un trait est pathologique, il est naturel qu’elle tente de le soigner. Ainsi, depuis longtemps dans l’Histoire, et encore fortement de nos jours, les enfants gauchers sont soumis à des sevices censés leur apprendre à utiliser la « bonne main ».

Science et religion main dans la main, l’exemple de l’homosexualité

L’homosexualité est un autre parfait exemple de l’association de la science et de la religion pour lutter contre le fléau de l’homosexualité. La religion apportait la thèse que l’homosexualité était un grave pêché, et la science était là pour corroborer en y mettant une étiquette pathologique, et apporter des solutions. Rappelons que la médecine internationale a considéré l’homosexualité comme une maladie mentale jusque dans les années 1970. C’était il y a donc à peine 50 ans.

Et toute pathologie doit avoir un remède, n’est-ce pas ? Une thérapie pour se soigner. Ces thérapies incluent la prière, les relations hétérosexuelles forcées, des interventions chirurgicales, des électrochocs. L’inventivité de la science pour aider les homosexuels à retrouver le droit chemin n’est pas l’objet de cet article, on se réfèrera à Wikipedia pour approfondir le sujet : Thérapie de conversion.

On notera que ces thérapies ne sont explicitement interdites en France que depuis 2022.

Et pour les gauchers ?

Pour les gauchers, c’est exactement pareil. Le corpus de religions et croyances a quasiment toujours appuyé le côté négatif, voire satanique de la main gauche. Et l’institution a emboité le pas en soumettant les enfants gauchers à l’équivalent de ces thérapies de conversion. Les enfants gauchers subissaient donc diverses formes de torture, allant de la brimade, de l’injonction d’utiliser la main droite, à des coups sur la main gauche ou l’attache de la main gauche dans le dos pendant des heures.

En 1924, un docteur anglais, H. Drinkware, publie un article sur les gauchers dans British Journal of Medicine. Il y explique qu’au cours de ses observations sur plus de 2000 enfants gauchers, tous les vrais enfants gauchers, sans exception, montrent une forme de retard mental allant jusqu’à la débilité. Pour réduire ce risque, il fallait identifier et convertir au plus tôt ces enfants. Source : Drinkwater, H. (1924). The left-handed child (letter). The British Medical Journal

En 1946, le docteur Abram Blau, psychiatre et conseiller à l’enfance à la ville de New York, présente dans son livre l’ensemble de ce qu’il considère comme les preuves qu’il faut encourager les habitudes droitières, et qu’il est injuste de laisser les enfants se développer comme gauchers alors que le monde est conçu pour les droitiers (ce sur quoi, d’ailleurs, nous sommes d’accord). « The fact remains that for many generations sympathetic teachers have succeeded in retraining thousands of children to right-handed writing without any ill effects. » (Il est un fait que, pendant des générations, des professeurs bienveillants ont réussi à ré-entrainer des milliers d’enfants vers la main droite sans effet indésirable). On y retrouve la gaucherie qualifiée d’anomalie et de symptôme. Source : Blau, Abram (1946). The Master Hand: A Study of the Origin and Meaning of Right and Left Sidedness and Its Relation to Personality and Language

La conversion des gauchers a existé dans tous les pays jusque dans les années 1970, soit officiellement, soit ça et là, par exemple dans les institutions religieuses.

En Chine, où la conversion est encore institutionnelle, on mesure le taux de réussite des conversions : selon le docteur Ling-Fu Meng, le taux de succès est de plus de 50% (source : Meng Ling-Fu, 2007, The rate of handedness conversion and related factors in left-handed children).

Les conséquences

Comme toute forme de torture et de harcèlement, cette conversion forcée a à la fois des conséquences physiques (une habileté qui aurait pu être acquise naturellement de la main gauche se transforme parfois en malhabileté des deux mains) et des conséquences psychologiques parfois lourdes : bégaiement, anxiété, dépression, dyslexie, énurésie…

Le roi Georges VI d’Angleterre était gaucher, et a commencé à bégayer vers 7 ans, au moment où sa « conversion » a commencé.

Imaginez surtout que la torture vient de votre propre famille, de vos parents persuadés de faire le bien, et de vos premières figures d’autorité (les instituteurs et éducateurs de la petite enfance).

En 1970, aux États-Unis, un sondage auprès des gauchers ayant subi des tentatives de conversion a montré que 60% d’entre elles venaient des parents, 30% d’un instituteur, 10% d’autres peronnes (famille hors parents, nounous, amis, …). Ce sondage montre également que ces tentatives de conversion ont eu un taux de réussite d’environ 50%. Ce chiffre en lui-même ne prouve pas grand-chose, il confirme juste que la thérapie de conversion peut avoir des quantités d’issues différentes. Certains s’adapteront peut-être parfaitement à la main droite, d’autres moins bien, d’autres n’y arriveront pas mais sans séquelles, et d’autres, hélas, auront des séquelles psychologiques des plus légères au plus lourdes.

Ils rejoindront l’immense club des gauchers contrariés, le terme utilisé pour désigner ceux ayant gardé des traces d’une thérapie de conversion, qu’elle ait réussi ou non.

Mais c’est terminé, tout ça… ou pas ?

Les instituteurs et personnels de la petite enfance n’ont plus pour consigne, en France, de torturer les enfants gauchers. Certes. Mais c’est très très loin d’être terminé :

  • Parce que c’est encore institutionnel dans de très nombreux pays.
  • Parce que cela ne veut pas dire que ces tortures ont cessé dans le cadre familial, moins visible.

Si on veut faire un calcul rapide, on peut se baser sur cette estimation faite par Rose Eveleth dans la revue Smithsonian, les 2/3 du monde haïssent encore les gauchers, dans une société où il est encouragé de convertir les gauchers, soit par la religion dominante, soit par l’institution. Rapporté à la population mondiale et à la classe d’âge des enfants qui découvrent l’écriture cette année, on peut imaginer que ce matin-même, il y a sans doute 3 millions d’enfants qui se sont fait taper ou attacher la main gauche.

Pour finir, deux témoignages récents sur le site www.lesgauchers.com, qui montrent que, quoi qu’on en dise, le mal n’est toujours pas éradiqué.

Né en 1993, gaucher de naissance également. Obligé également de devenir droitier parce que ma main gauche qualifiée de « main du diable » ( pourtant la main du cœur en vérité ), scolarisé à l’école publique (grosse erreur de la part des parents) comme quoi cette pratique n’est pas révolue depuis longtemps (le fait de forcer quelqu’un à devenir droitier ). Aujourd’hui en pleine reconversion à redevenir gaucher.

M. Nobody

http://www.lesgauchers.com/informations/les-gauchers-contraries-1er-partie

En 2007, ma fille est entrée en maternelle, et nous avons constater, son père et moi, que les gauchers étaient toujours contrariés. Sa maîtresse l’obligeait à prendre son crayon dans la main droite.
Mon mari (lui-même gaucher) est allé trouver la directrice de l’école, après plusieurs tentatives infructueuses auprès de la maîtresse, pour lui dire que Manon était une gauchère et que sa maîtresse n’avait pas à la forcer à écrire comme une droitière parce que ça l’arrangeait.
J’ai écrit à Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, sans réponse de sa part.
Aujourd’hui, ma fille se sent vraiment différente des autres et, a parfois honte de montrer qu’elle est gauchère.

Carine

http://www.lesgauchers.com/livre-des-gauchers-page-4

D’autres témoignages :

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