Tir et armes à feu

Les armes sont conçues pour les droitiers, ce qui rend leur utilisation par les gauchers problématique, voire dangereuse. Avant d’utiliser une arme, vérifiez quelques points élémentaires si vous ne voulez pas de mauvaise surprise. À Singapour, les gauchers sont priés de se convertir avant de faire leur service militaire. Enfin, nous parlerons cette histoire d’« oeil directeur » dont tout le monde nous parle et ce que cela implique pour les latéralités croisées oeil/main.

Des armes pour droitiers

Les armes à feu sont presque symétriques. C’est dans ce presque que se trouvent les difficultés pour les gauchers : le levier de sûreté, le bouton-poussoir pour libérer le chargeur, sont à gauche pour que le pouce d’un droitier y accède facilement.

Le levier d’armement est souvent sur le côté droit, car armer demande un peu de force et de dextérité. Un gaucher qui veut armer prend plus de temps.

Il existe parfois des moyens d’inverser la position du levier, ou parfois des armes avec un levier en haut ou en bas qui se manipulent indifféremment des deux mains.

Le poussoir de chargeur et le levier de sécurité sont rapidement accessibles par le pouce droit lorsqu’on tient l’arme de la main droite. Les manipulations sont moins rapides et moins naturelles de la main gauche.

Les crosses et les poignées

Pour assurer une meilleure prise, les poignées des pistolets et les crosses des fusils sont, du coup, souvent asymétriques et avec une ergonomie pensée pour les droitiers. Et plus elles sont asymétriques, plus il est difficile de les prendre en main.

Pistolet basique à poignée ergonomique
Crosse réglable en profondeur mais certainement pas transformable pour un tireur gaucher !
Crosse de type « trou de pouce »

Les versions « gaucher » existent parfois, mais sur moins de modèles, et pas au même prix. Certaines armes sont moins asymétriques et peuvent théoriquement être utilisées des deux côtés, elles sont dites « neutres » mais favorisent quand même souvent le côté droit.

La fenêtre d’éjection

Un dernier sujet, et non des moindres, est la fenêtre d’éjection. Sur une arme semi-automatique ou automatique, quand on tire et que le coup part, il reste une douille brûlante à l’intérieur de la chambre qui doit sortir très vite pour laisser la place à la cartouche suivante. Elle sort par la fenêtre d’éjection.

Quand on tient l’arme en droitier, pas de problème, la douille est éjectée loin de la tête, mais si on prend une telle arme en position gaucher, la douille brûlante arrive directement sur le visage, ou le torse, ce qui est particulièrement dangereux.

Exemple d’éjection par une fenêtre latérale

Ce problème est réglé pour de nombreuses armes : certains fusils automatiques ont une éjection par l’avant ou par le bas qui ne gêne pas. Le célèbre FAMAS, qui était l’arme de l’armée française jusqu’en 2017, avait une fenêtre d’éjection à droite mais qui était configurable à gauche moyennant un démontage de l’arme.

Mais à Singapour, l’armée est équipée de SAR-21, qui ne sont pas configurable. Il est donc obligatoire d’utiliser l’arme en droitier, même pour les gauchers. Mais comme il n’y a pas de gaucher à Singapour, il n’y a donc pas de problème !

Notons que comme le service militaire dure deux ans à Singapour, les gauchers ont largement le temps de se convertir.

Dans l’armée de Singapour, il est obligatoire de tirer en droitier

Conséquences et espérance de vie

La conséquence de tout cela, c’est que l’utilisation des armes peut poser problème aux gauchers. Certes, pour tirer une fois de temps en temps à la fête foraine ou au ball-trap, ce ne sera pas dommageable. Mais dès lors qu’un gaucher voudra faire du tir sportif, ou de la chasse, les difficultés vont s’accumuler pour toutes les raisons ci-dessus.

À la guerre également, quand on n’a pas le choix, les gauchers seront désavantagés. La manipulation des armes étant plus complexe et moins ergonomique, en situation de stress, ces difficultés seront décuplées, et peuvent avoir des conséquences désastreuses. Ce ne sont pas des mots en l’air : une étude montre que les gauchers ont un taux de mortalité supérieur à la guerre (source : Evidence for longevity differences between left handed and right handed men: an archival study of cricketers, 1993). L’article en question ne parle pas que de surmortalité à la guerre mais aussi dans de nombreuses causes accidentelles… L’espérance de vie des gauchers sera l’objet d’un autre article.

Oeil directeur et latéralités croisées

Une des particularités notables également de l’activité de tir, c’est qu’elle privilégie les latéralités homogènes oeil/main. Si vous avez l’oeil directeur et la main dominante du même côté vous n’avez aucun problème. Si vous êtes croisés, là commencent les problèmes. En effet, il va falloir sacrifier l’un des deux bons côtés : soit vous verrez moins bien, soit vous serez moins sensibles avec la détente. La plupart des tireurs vont débiter le même laius qu’on leur a appris : c’est l’oeil directeur le plus important. Mais non, c’est idiot. C’est le côté où vous vous sentez le mieux qui est le bon côté.

Pour une activité soutenue, si vous choisissez le confort de la main à celui de l’oeil directeur, vous pourrez utiliser des lunettes spéciales qui inhibent l’oeil directeur. Plus de conseils ici : https://www.balltrap.net/a-quoi-reconnait-on-son-oeil-directeur.html.

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