Homosexualité

Quel rapport entre le fait d’être gaucher et homosexuel ? A priori absolument aucun. Et pourtant, ce sont des traits qui sont à l’origine de discriminations très similaires. À tel point que de nombreux bien-pensants se sont dits que, finalement, ces deux tares sont liées, science à l’appui.

Comparaison entre homosexualité et gaucherie

Il y a de nombreuses caractéristiques communes entre la gaucherie et l’homosexualité, qui font qu’on peut les comparer.

Leur génèse chez les individus est largement méconnue : est-ce que c’est génétique, lié à la grossesse, lié aux premiers âges de la vie, à l’environnement familial et social ? Sans doute un gros mélange de tout ça, mais en tout cas, personne n’a de réponse claire ou de preuve.

Leur proportion dans la population est similaire. Là où elles sont le moins discriminées, on estime leurs proportions entre 5 et 15% ; là où elles sont discriminées, leur pourcentage s’effondre (soit parce qu’ils se cachent, soit parce qu’ils vivent… moins longtemps).

Leur écosystème se construit autour d’une polarité duale (gaucher/droitier, attirance vers l’autre sexe/le même sexe) mais avec une immense variété qui fait que chacun peut se positionner différemment par rapport à cette dualité. Pour la latéralité, elle peut être très marquée, ou peu, croisée, ambidextre. Pour la sexualité, elle peut être très marquée hétéro ou homo, mais aussi bi, asexuelle, pansexuelle. Ce qui fait dans les deux cas, des spectres difficiles à cerner, à catégoriser (ce que n’aiment pas les scientifiques !)

Les deux ont été considérées comme sataniques ou impurs par les religions, puis comme des maladies par la science. Et à la fois religion et science ont considéré que cette anomalie était guérissable (voir les thérapies de conversion), ce qui a créé toutes formes de sévices à l’égard des deux populations.

Que cherchent les scientifiques ?

Les recherches sur le lien entre latéralité et homosexualité sont légion. En voici un échantillon, venant de pays divers, avec un résumé des conclusions. Ces résumés, même s’ils sont légèrement inexacts, reflètent tout de même que ces études se contredisent les unes les autres et aboutissent toutes à des conclusions différentes. C’est peut-être le propre de la démarche scientifique que de faire des hypothèses et d’essayer de les vérifier. Mais quel est le but ?

AnnéeTitrePaysLienConclusions
1990Latéralité chez les hommes et femmes homosexuelsCanadaLienIl y a plus de gauchers parmi les homosexuels, hommes ou femmes. C’est peut-être lié au taux de testostérone.
1991Gaucherie, homosexualité et infection HIVAngleterre,
Londres
LienIl n’y a pas de lien entre gaucherie et homosexualité, mais il y a plus de gauchers parmi ceux qui sont infectés au HIV / SIDA.
2003Latéralité, orientation sexuelle et traits relatifs au genre chez les hommes et les femmesUSA, Université de CalifornieLienLes hommes homosexuels ont 84% de chances en plus de ne pas être droitiers que les hommes hétérosexuels. Les femmes homosexuelles, seulement 22% de chances en plus.
2007Ordre de naissance, sexe des frères et soeurs, latéralité et orientation sexuelleUSA/CanadaLienLes homosexuels sont plus souvent gauchers, et dans des fratries où ils ont des grands frères.
2008Anatomie du corps calleux chez les droitiers homosexuels et hétérosexuelsCanadaLienLe corps calleux (région du cerveau connue pour être également liée à la latéralité) est plus grand chez les homosexuels.
2016Latéralité, orientation sexuelle et androgène prénataux : les gauchers sont-ils si gays que ça ?MalaisieLienL’ambidextrie est plus commune chez les femmes homosexuelles, mais il n’y a pas de prévalence des gauchers chez les homosexuels, hommes ou femmes.
2017Ordre de naissance, latéralité et orientation sexuelle en ChineChineLienLes femmes homosexuelles sont plus souvent gauchères, mais pas les hommes. Les bisexuels, hommes ou femmes, sont moins droitiers que la moyenne.
2017La latéralité est un marqueur du rôle sexuel anal chez les hommes gayCanada, Université de TorontoLienLes gays passifs et versatiles sont plus souvent gauchers que les gays actifs.
2018Association de l’homosexualité et de la bisexualité avec la latéralité de la main et du piedAutricheLienCette étude conclut plutôt à l’association entre ambidextrie et homosexualité plutôt que latéralité marquée à gauche.

Personnellement, tout ce que j’arrive à voir dans ces études, c’est la volonté de faire un lien entre deux traits considérés comme anormaux, pour entretenir la vision de l’homme normal, droitier et hétérosexuel, à l’opposé de tout le reste.

Beaucoup de ces articles cherchent des « biomarqueurs » de l’homosexualité : latéralité, ordre de naissance, ratio de longueur entre l’index et l’annulaire, structure du cerveau. D’autres tentent de faire un lien avec le taux de testostérone, pendant la grossesse en particulier. Jusqu’où cela pourrait aller ?

Est-ce qu’on peut imaginer, un jour, grâce à de la vidéo-surveillance haute définition, mesurer la longueur des doigts des sujets pour identifier rapidement ceux susceptibles d’être homosexuels (ou gauchers) ?

Est-ce qu’on peut imaginer également, lors des échographies de suivi de grossesse, le médecin annoncer gravement à la famille : « votre enfant sera probablement gaucher » ou « votre enfant sera probablement homosexuel » ? Ou bien proposer à la famille des injections de testostérone pour s’assurer que leur enfant sera bien droitier et hétéro ?

Des persécutions et des combats similaires

Certains, qui ont la chance (ou hélas, la malchance) d’être à la fois homosexuels et gauchers, ont constaté et témoigné des similitudes entre les deux mondes.

Dans cet article de 2020, Left-Handed Love (l’amour de la main gauche), Susan Smith, gauchère et bisexuelle, compare les deux discriminations, et raconte comment elle et sa famille ont vécu un véritable enfer à cause des persécutions contre les homo- et les bi-.

Un député, au Togo, où l’homosexualité est illégale, a dit en avril 2022 : « L’homosexualité n’est pas une abomination. On est homosexuel, comme on est gaucher. » (lien). S’il a dit cela dans l’intention d’alléger les discriminations envers les homosexuels, il n’empêche que, dans un pays où les gauchers sont également largement dévalorisés, cela reste un indicateur que les gauchers et les homosexuels restent des gens anormaux. Ce qui est intéressant ici, en tout cas, c’est qu’une fois de plus on fait la comparaison directe entre ces deux traits.

Cet article du journal Metro au Canada, repris par le site 24gay.fr, effectue lui aussi la comparaison : Les homosexuels, pas plus malades que les gauchers.

Le vocabulaire

C’est un peu réducteur de ne parler que de gauchers et d’homosexuels, non ?

Dans cet article comme dans le reste du site, j’utilise abusivement les mots homosexuel et gaucher. Pour être pleinement respectueux de la diversité, que je défends, il faudrait être plus inclusif et utiliser des termes comme LGBT+. Mais je n’aime pas trop les acronymes, et il n’en existe pas d’équivalent pour les gauchers, ambidextres et autres.

De plus, je trouverais ça horrible d’utiliser ce que l’on voit parfois dans les revues scientifiques : les non-droitiers, ou les non-hétérosexuels. Oui, cela simplifie terriblement et vous trouverez beaucoup de ces termes dans la littérature, mais je trouve que cela accentue le fait que les gens normaux sont droitiers et hétéros, et que tout le reste est une déviation de la norme.

Donc je me heurte ici, comme tant d’autres, aux limites du langage, entre besoin de concision et de précision. J’utilise « homosexuel » et « gaucher », c’est concis mais inexact. J’en suis désolé.

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